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Les politiques se réveillent...

La polémique fait rage dans le milieu politico cuturel breton ces derniers temps. La question qui revient souvent est : Josselin de Rohan a-t-il eu raison d'attaquer de front Martial Ménard, directeur de An Here et l'un des principaux appuis financiers du journal Breizh Info ?
Quel est le fond de l'affaire ? En mars 2000, au salon du livre, Josselin de Rohan, président du Conseil Régional de Bretagne, proteste auprès du président de l'ICB contre la présence sur les stands de livres faisant l'apologie de l'attitude collaborationniste des nationalistes bretons pendant la dernière guerre. La frange nationaliste de l'Emsav prend ombrage de ces déclarations et publie, il y a quelques mois, un article au vitriol au sujet de Rohan. Rohan, se sentant visé personnellement par une publication partiellement subventionnée par l'Institut Culturel de Bretagne, s'en prend personnellement à Ménard, qu'il perçoit à tort ou à raison comme l'homme qui tire les ficelles, et menace de fermer les robinets de subventions à l'encontre de ce journal qui s'en prend à lui.
Josselin de Rohan s'emporte un peu vite. Frapper un journal au portefeuille au prétexte qu'il lui manque de respect, c'est faire preuve d'un autoritarisme déplacé et c'est bafouer une liberté inaliénable, la liberté de la presse. S'il veut attaquer ce journal, que ne fait-il un procès en diffamation ? Peut-être que les faits rapportés par le journal sont, hélas, difficilement contestables... et les responsables de Breizh-Infos n'ont pas manqué de mettre en avant ces arguments pour discréditer le président du Conseil Régional.
En revanche, qu'en est-il de l'ICB, institution à laquelle s'en prennent conjointement Rohan et Cozan ? Ces derniers temps, la presse n'a pas vraiment été favorable à cette association...
Mais ne nous basons pas sur tel ou tel article de journal pour émettre un jugement, contentons-nous d'examiner les faits. Depuis de longues années, le Conseil Régional, ainsi que l'Etat, via le Ministère de la Culture, ont délégué la quasi-totalité de l'aide publique à la culture bretonne à l'ICB. Jusque-là, aucun problème : il est tout-à-fait louable que les élus s'en remettent à des experts reconnus pour décider des projets à financer et des actions à soutenir. Les question que l'on peut se poser de prime abord sont : qui désigne ces “sages” ? Sur quels critères ? Qui contrôle leur utilisation de l'argent du contribuable ? Comment fonctionnent les commissions d'attribution des subventions ?
Il s'avère à l'usage que le fonctionnement de l'ICB est pour le moins opaque : règles d'attribution des financements plutôt floues, changeant régulièrement d'une année sur l'autre. Un rapport de la chambre régionale des comptes a fustigé en 1992 les curiosités du fonctionneemnt de cet organisme. A Ar Falz/Skol Vreizh, nous avons entendu parfois des arguments surprenants pour justifier la non-participation de l'ICB à certains de nos ouvrages... et nous avons de bonnes raisons de croire que notre exemple ne constitue pas un cas isolé !
Que penser également du fait qu'un certain nombre de personnes sont à la fois juge et partie dans l'attribution des deniers publics ? Tel éditeur se trouvant être à la fois président d'une commission et occasionnellement principal bénéficiaire des décisions de cette commission, sans parler de la présidence de l'ICB, assurée par l'un des dirigeants de la principale entreprise de diffusion d'ouvrages et de disques bretons.
Soyons clairs : si l'ICB a fonctionné de façon relativement consensuelle pendant vingt ans, c'est aussi parce que cette structure a eu le mérite d'exister, et qu'à défaut d'avoir un fonctionnement irréprochable, elle a contribué à faire avancer bien des projets et à remettre au goût du jour . Aujourd'hui, les acteurs de la vie culturelle bretonne ont mûri, se sont multipliés et diversifiés, et réclament de la part de l'ICB un fonctionnement plus ouvert, plus démocratique et plus transparent. C'est l'intérêt même de l'ICB que d'évoluer dans ce sens : c'est même une question de survie, car les élus, échauffés par les dernières polémiques, pourraient bien décider de retirer à l'ICB la totalité de ses prérogatives, faute d'un réel changement d'attitude de la part des pricipaux acteurs de l'Institut...


 


(c) Ar Falz, Mai 2001 -- Adressez vos commentaires à arfalz@yahoo.fr